NOTRE DÉMARCHE
Nos vins naissent d’une lecture fine du paysage : quatre parcelles entre Frangy et Talloires, travaillées chacune selon leur rythme, leur lumière et leur histoire. Cette attention au détail guide tout notre geste — de la vigne au chai — pour révéler la force des cépages ancestraux de Savoie et laisser le vivant déployer sa propre harmonie. Nous cherchons des vins droits, précis, capables de traverser le temps et d’unir, dans un même mouvement, la terre et la lumière.
Une vision du vivant nourrie par la science et l’expérience
Notre approche part d’un constat simple : la vigne réagit à tout — aux circulations d’air, aux qualités de lumière (pureté, proximité avec le soleil) et aux forces agronomiques et telluriques du sol. Dans notre contexte de piémont alpin, la vigne est soumise à des variations climatiques fortes.
Observer ces interactions, saison après saison, nous permet d’ajuster nos décisions de manière fine et située. C’est un travail de perception autant que de connaissance agronomique.
Quand la forme influence le vivant
Un séjour en Grèce et la visite du théâtre d’Épidaure, lorsque nous étions étudiants en agronomie, nous a offert une expérience fondatrice : là, un son infime, presque imperceptible, se propageait jusqu’aux gradins les plus éloignés, révélant combien la géométrie d’un lieu façonne la circulation des vibrations.
Depuis, nous accordons une grande importance aux volumes et aux espaces de transformation : cuves ovoïdes, construction du chai selon le nombre d’or, choix des contenants. Cette attention n’est pas théorique : elle influence concrètement le comportement des vins, en phase de fermentation comme d’élevage, et nourrit notre recherche constante d’équilibre.
Une filiation assumée avec Michel Grisard
Michel Grisard nous a transmis bien plus qu’un savoir-faire : une lecture sensible du territoire savoyard. Son travail pionnier en biodynamie et la redécouverte des qualités des cépages autochtones ont ouvert un champ de liberté inédit dans la région. Il nous en a transmis les clés avec une grande générosité. Nous en prolongeons aujourd’hui l’exigence et la liberté de regard, à travers notre propre interprétation.
Son regard d’auteur plein d’audace sur le vin nous a conquis. À son contact, nous avons gagné des années et développé, dans son sillage, le courage d’assumer des choix alors peu empruntés en Savoie.
De cette filiation est née une conviction puissante : le vivant porte en lui des potentialités infinies, à condition de savoir l’écouter et de lui laisser l’espace nécessaire pour aller chercher l’excellence.
Composer avec le massif et l’infime
Travailler la vigne dans un piémont alpin, c’est être au contact d’une montagne massive, de la roche et du froid, dans un environnement où les contraintes sont plus fortes qu’ailleurs : altitude, vents, amplitudes thermiques marquées. Ces conditions invitent la vigne à s’ancrer profondément, à composer avec la roche mère et à puiser dans les ressources minérales du sol.
À cette échelle du relief s’ajoute celle de l’infime — la vie microbienne des sols, les équilibres minéraux, les circulations de sève, les rythmes physiologiques de la plante, ou encore l’activité fongique ou virale. Nous intégrons ces deux registres pour guider nos choix culturaux.
Des gestes qui respectent la logique de la vigne
Dans les vignes, nous privilégions une taille respectueuse des flux internes, le tressage des lianes plutôt que leur coupe, et des soins à base de tisanes pour accompagner les défenses naturelles de la plante. Chaque geste vise à accompagner la vigne sans rompre ses circulations naturelles, afin qu’elle reste saine, cohérente et capable de s’exprimer pleinement dans la durée.
Un sol considéré comme un organisme vivant
La vitalité de la vigne dépend directement de la vie du sol. Nous travaillons donc la matière organique, les composts, une aération mesurée et l’équilibre minéral, plutôt que d’intervenir par corrections ponctuelles. Un sol actif transmet à la vigne des informations essentielles : sa capacité à gérer l’eau, à rendre les nutriments biodisponibles, et à soutenir une croissance structurée et durable.
Une pratique en mouvement permanent
Rien n’est figé. Chaque année, nous testons, ajustons et, parfois, revenons en arrière : associer des infusions pour moduler un effet, retarder la date des vendanges pour gagner en complexité, ou explorer de nouveaux types d’élevage lorsque le millésime le suggère. Il n’y a ici ni chapelle ni dogme, mais une méthode décloisonnée, nourrie par l’observation et par les contraintes réelles du moment (millésime, climat, état des vignes). Ce mouvement permanent fait partie intégrante de notre démarche
Une écoute attentive des anciens et des lieux
La création du domaine, comme l’extension de ses parcelles, s’est faite à l’écoute des vignerons d’autrefois. Certains coteaux, abandonnés depuis des décennies, conservaient pourtant la mémoire précise des vins remarquables qu’ils avaient portés. Les archives anciennes ont, elles aussi, été déterminantes pour identifier de façon informée les parcelles à réactiver.
Réinvestir ces terroirs, c’est laisser le passé éclairer le présent et retisser un fil longtemps interrompu.







